Il a dans le regard la fierté teintée de mépris ; un sentiment qui transparaît quelle que ce soit ses occupations : organiser ses réunions de service ou il assène les objectifs, perpétuant le culte de l'entreprise qui gagne ou diriger une équipe d'une centaine de personnes. Ses yeux bruns s'électrisent de stries vertes quand il s'agite tout en pointant du doigt les derniers diagrammes circulaires. Ses mains fines, aux ongles bien coupés, se posent sur le bord de la table en noyé verni. Il me toise et me brasse un flot de paroles que je n'écoute plus. Mon regard reste fixé sur cette rencontre, trop impressionné pour le regarder dans les yeux, je baisse la tête. Je n'ose pas bouger et reste ainsi. Je scrute chaque détail de ma main, les veines et les lignes creusées dans cet épiderme délicat. Je voudrais caresser ses cheveux, me plonger dans ses yeux, libérer ma main crispée sur mon stylo, aller encore plus loin dans le territoire défendu par son ensemble costard cravate, avec un pantalon épousant les formes de son cul. Je veux voir ses lèvres s'entrouvrir, laissant ma langue venir à la rencontre de la sienne. Je veux voir ses yeux baisser leur garde sous mes caresses. Il est mon patron mais je sais qu'aucun homme n'est inaccessible. Il ne semble pas tellement beau, mais je pouvais sentir une douceur, une fragilité qui était irrésistible chez lui. C'était comme une évidence, il fallait que je lui parle.