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L'heure des lâches

I.
Je savais que ce n'était pas facile, voir quasiment impossible, et de toute façon complètement illusoire. Ma dernière volonté. Mon unique souhait : disposer encore de quelques étincelles pour essayer de tout lui déclarer. Plus rien d'autre ne m'importait, comme si j'étais arrivé à la dernière page de mon existence, et sans doute au dernier paragraphe. L'impression d'avoir fait mes adieux au monde, à la lumière du soleil, au goût de la bise, aux feuilles des arbres, aux parfums, aux illusions,...
Mon corps évoquait un orchestre que le temps aurait durement emporté : les musiciens étaient morts les uns après les autres. Il ne restait plus l'ombre de mes pensées, douce mélancolie. Ma vie n'avait représenté qu'une ample virgule ayant pris son envol, depuis cette page blanche jusqu'à ce dernier paragraphe.
Il me fallait essayer une dernière fois, cela ne m'apparaissait pas comme un exploit, ni un défi, non, toutes ses belles notions avaient perdues leurs sens, cela ressemblait plutôt à une attitude, une prière, à une place nouvelle que je tentais de forer dans mon c½ur harassé.
Je jouais ma propre mélodie, je cherchais mes mots, comme un flot d'amertume pour soigner mes maux. Une sorte de version psychotique en noir et blanc, une plainte rauque qui me déchirait le cerveau.
Désormais, rien n'était plus important que cette dernière tentative, l'ultime et unique quête éveillant encore les sourdes et faibles plaintes de mon c½ur. Mes lèvres desséchées osaient à peine murmurer mon suprême désir. J'étais seul devant l'Absolu, devant ce qui ne se pouvait pas et ne se faisait pas.

II.
Derrière le bureau, je n'apercevais que le reflet de l'extérieur. Les rayons du doux soleil d'automne perçaient honteusement les lanières des stores. Mon visage blafard était éclairé par la lueur pâle de mon écran d'ordinateur. Le fouillis de mon bureau témoignait de la hâte que j'avais à finir ce dur labeur. Mes doigts battaient sur un rythme d'enfer sur les touches du clavier. Le cerveau surchauffé par toutes mes pensées avait bien du mal à suivre la cadence de la partition qui était en train de se jouer.

Il venait d'entrer, laissant mourir un souffle glacé dans tout le hall de l'étage. J'avais décelé, une nouvelle fois, cette odeur de tabac brun broyé qui vous pique la gorge et le nez. Je voyais son regard d'enfant vieilli, quémandant un peu de tendresse, mais aujourd'hui j'espérais que sa voracité brûlante réduirait en cendre ce lieu répugnant où se succédait des employés assommés par l'ouvrage, tel des sous-hommes hébété par la misère. Lui, était gentil avec moi, pourtant je ne le méritais pas. Depuis, je n'ose pas toucher à ma tête, de peur d'en faire tomber l'auréole.
Même si je ne lui parlais pas beaucoup, je disais tout juste ce qu'il fallait pour attirer son attention. Par conséquent, je m'étais plutôt bien intégré dans son univers dont je n'éprouvais que répugnance et dégoût. Je voulais simplement qu'il m'ouvre, de son pleins gré, le jardin de ses désirs. Sa beauté et son âme sublime m'on touché le c½ur. Mes paroles intérieures résonnaient dans tout mon corps comme si elles eurent toujours été là. Il ne restait rien d'autre à faire que de tout lui avouer. Je ressentais la brûlure de mes sentiments, d'autant que je suis persuadé que son c½ur jamais pour moi ne saurait s'enflammer. Pourtant, je persiste à penser à lui. C'est vers lui que j'ai dirigé toutes mes pensées. Souvent, avec un espoir morbide, je fais naître en moi des espoirs fous, à nous inventer l'histoire d'un premier baiser, d'une première caresse, d'une première nuit et quand le tout est bien formé, je le fais éclater, telle une vulgaire bulle de savon. Je n'ai jamais cherché à influencer le cours de ma vie.
Ai-je involontairement choisi de souffrir ? N'est-ce finalement qu'un besoin narcissique que de lire mon désir, mon admiration, mon amour dans le fond de ses yeux ?
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# Posté le mercredi 16 janvier 2008 13:18

Modifié le jeudi 24 avril 2008 13:14

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